À l’isolement, Julian Assange ronge son frein

Stéphane Kovacs

Interpellé mardi à Londres, le fondateur de WikiLeaks enrage de ne pouvoir suivre la «cyberguerre» déclenchée par ses partisans.

Une plaque en son hommage dévoilée à Mexico, un santon à son effigie dans la crèche à Naples et même un appel à lui décerner le prochain prix Nobel de la paix ! Julian Assange est en prison à Londres, dans une cellule d’isolement depuis hier, mais il reçoit des soutiens du monde entier. En Australie, son pays natal, aux États-Unis, à Hongkong ou encore en Hongrie, des minimanifestations se sont improvisées hier. Quant aux cyberattaques contre «les adversaires» du site WikiLeaks, qu’il a créé, elles gagnent chaque jour en ampleur.

«Pourquoi a-t-on mis Assange en prison ? C’est ça, la démocratie ?», a lancé jeudi le premier ministre russe, Vladimir Poutine. Une source haut placée au Kremlin a même suggéré que «les organisations civiles et non gouvernementales réfléchissent à un moyen de (le présenter) au prix Nobel de la paix». Premier chef d’État à déclarer son soutien au fondateur de WikiLeaks, le président brésilien Lula a protesté contre l’atteinte «à la liberté d’expression». Tout comme la haute commissaire aux Droits de l’homme de l’ONU, Navi Pillay, qui dit craindre que les pressions exercées sur les compagnies fournissant des services au site WikiLeaks ne puissent «potentiellement constituer une violation du droit à la liberté d’expression de WikiLeaks».

«Opération Payback»

Pendant ce temps, les cyberpirates s’en donnent à cœur joie: ils multiplient les attaques contre les entreprises qui privent WikiLeaks d’accès à des moyens financiers ou s’en prennent à lui : après Visa, Mastercard et PayPal, le site du gouvernement suédois a été mis hors service plusieurs heures jeudi. Hier, des pirates informatiques ont attaqué les sites Web de la police et du parquet néerlandais, au lendemain de l’arrestation d’un adolescent de 16 ans soupçonné d’avoir participé à une de ces cyberattaques. Une «cyberguerre» est en cours pour défendre WikiLeaks, a averti le porte-parole anonyme d’un groupe de «hackers», et de nouvelles attaques informatiques sont à attendre contre ceux qui ont lâché l’organisation.

WikiLeaks affirme ne pas être à l’origine et n’avoir pas été prévenu de ces attaques informatiques. «Ces attaques sont le reflet de l’opinion publique sur l’action des cibles, a expliqué son porte-parole, Kristinn Hrafnsson. Elles viendraient d’une organisation sur Internet appelée Anonymous. Il n’y a eu aucun contact entre des membres de WikiLeaks et des membres d’Anonymous.» Le site relève par ailleurs que ces attaques de déni de service, consistant à submerger de requêtes simultanées un site Internet pour saturer ses serveurs, sont similaires à celles subies par WikiLeaks au début de la publication des câbles diplomatiques.

«Ce mouvement est encore plus grand qu’Assange !», écrit un internaute dans l’un des nombreux débats passionnés sur l’«Opération Payback», le nom de cette contre-attaque. Depuis la cellule d’isolement où il se morfond, n’ayant pour seule distraction que les séries télévisées britanniques, Julian Assange enrage de ne pas pouvoir suivre cette «cyberguerre» d’heure en heure. L’accès à Internet lui a été refusé. C’est sûrement pour lui la plus grande frustration.

http://www.lefigaro.fr/international/2010/12/10/01003-20101210ARTFIG00671–l-isolement-julian-assange-ronge-son-frein.php

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